Après tout ce temps

Après tout ce temps

 

Ce matin encore, comme chaque matin

L’aube est venue se présenter.

Comme chaque matin l’aube est splendide

Elle sait comment s’y prendre, pour émerveiller petits et grands.

 

Mais ce matin, comme plusieurs matins déjà

-et l’on commence à se faire du soucis-

J’ai refusé l’aube.

Elle a bien tenté de me taquiner un peu

En vain.

Elle a tenté même de se calmer, de transformer ce cortège pompeux de nuages roses et rougeoyants en une douce brume tranquille, affable, neutre, accueillante

Mais rien.

Rien n’a réussi à me déloger

Me déloger de cet étrange cercueil de pierre

Qui ne veut rien dire, mais qui me suit, qui me borde, qui me protège, et qui me voile.

 

L’aube s’est vexée

Elle a dit ne plus se montrer à moi avant un bon bout de temps

Je devrai d’abord lui présenter mes plus grandes excuses

Avec sincérité.

 

Le bitume commence à chauffer, et il faut faire vite

Car chaque grain, entouré de ses voisins, risque de se réveiller

La journée s’annonce rude

Les grains de goudron, ces graviers noirs brillants, vont causer beaucoup

Hélas je le sens.

 

L’aube n’est que leur prédécesseur légendaire

Elle est celle dont on parle

Dont on dit qu’elle allume chaque jour la vie en chaque être, en chaque objet

On se dit que l’aube est une princesse, une princesse qui ne sera jamais reine, car elle est bien trop belle

On rêve un jour de la voir.

 

Le bitume est un peuple heureux, et courageux

Il a ses valeurs et sa religion

Il respecte et remercie ce qui lui donne l’élan de la vie.

 

En tombant dessus aujourd’hui

En tombant nez à nez avec le bitume

-d’ailleurs j’ai beaucoup saigné du nez-

J’en ai profité pour lui demander, au bitume, ce qu’il en pensait, de l’aube

Et le grain tout près de mon oreille, qui savait lire dans les cœurs et dans les larmes,

M’a chuchoté :

« T’en fais pas. L’aube, elle est pas rancunière. Elle va revenir. Et si tu veux bien la recevoir, elle te tendra ses bras. Et tu pourras te libérer, fondre en larmes. »

 

Je suis rentré chez moi.

Cette rencontre inattendue m’a laissé perplexe.

J’ai vidé une bière, j’ai consommé un film, et je suis allé me coucher, morose.

Le matin suivant l’aube était là, plus belle que jamais.

 

Avec un sourire un poil triste

Elle m’a serré dans ses bras.

Et j’ai fondu en larmes.

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